dimanche 31 août 2014

Heroes

Depuis mon transat, sur la terrasse, je regarde le donjon, de l'autre côté de la baie, tout en haut du sommet que tu m'as dit avoir grimpé en courant dans tes "temps de gloire". (1)

J'aime penser à vous : le gros chien jaune(2) encore adolescent, attiré par les chèvres et toi, ta silhouette gracile, le déhanché de ta course que je connais depuis toujours.(3) J'aime penser à vous sur les flancs d'une montagne car je sais que c'est là que tu as retrouvé la mémoire de moi.

(1) Il y a aussi celles que tu appelles tes années "de purgatoire" mais ça, c'est une autre histoire.

(2)













(3) Et l'autre jour où tu avais oublié tes clefs, non : pas hier ! pas la semaine dernière non plus ! un autre jour où tu étais allé les rechercher : c'est vers moi que tu courais mais c'est pourtant seulement de dos que je t'avais vu, que j'avais reconnu ta foulée d'avant, dans le reflet de la porte vitrée.

samedi 30 août 2014

Une enquête sentimentale

Avez-vous l'impression d'être toujours attiré par le même type de personne ?
Qu'est-ce qui vous a fait choisir les vêtements que vous portez aujourd'hui ?
Lisez-vous de la poésie
souvent
rarement
jamais
?
Les objets dont vous vous entourez ont-ils tous une utilité ?
Avez-vous déjà reçu une lettre de rupture ?
Faites-vous autre chose en même temps quand vous parlez au téléphone  ? 
Etes-vous attiré par les îles ?
Vous est-il arrivé d'utiliser une chanson pour exprimer vos sentiments à quelqu'un ?
Quelle est la dernière frontière que vous ayez franchie ?
Avez-vous déjà fait une fugue ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 29 août 2014

Le cabinet des rêves 190


Une nièce de M. est chez nous. 
Elle s'appelle Clarisse. 
Je lui dis que j'aime vraiment beaucoup son prénom -qu'elle n'apprécie pas, elle- et que je peux lui dire pourquoi. 
Elle refuse très impoliment et disparaît dans la chambre qui lui est destinée. 

Plus tard, il y a de nombreuses personnes dans notre salon. 
Je les connais sans qu'elles me soient très proches. 
Elles attendent quelque chose (quoi ?). 
L'ambiance est bonne mais je leur propose de leur donner un peu de lecture pour les faire patienter. 
Je pense avoir quelques livres dans la chambre où est Clarisse aussi, après avoir frappé, j'y entre avec précaution pour la déranger le moins possible. 
Mais elle m'accueille avec bonne humeur et discute légèrement avec moi pendant que j'essaie de trouver les livres auxquels je pensais. 
Dans la pièce règne le plus grand désordre. Je parviens à y trouver quelques bandes dessinées et des volumes de la Pléiade. 

Rêve du 21 août 2014




jeudi 28 août 2014

Chroniques casanières

toutefois
un balcon en ville
me fait envie
parfois

mercredi 27 août 2014

Là, c'est le jour où j'ai répondu que 
non

-ah bon ??? 
-Non, même ce qui date d'il y a… je ne sais pas, moi… 4 ans6 ans… je ne renie rien de ce que j'ai écrit. Parce que toi si ???

mardi 26 août 2014

Tuesday self portrait

                                 
Au fond, ce que tu reproches aux romans c'est de te mener par le bout du nez, ou plutôt de produire un effet sur le lecteur qui va du dehors vers le dedans, au contraire de la poésie. Mais alors pourquoi la part de fabrication, de truc, chez Picasso ou chez Alban Berg, ne te gêne-t-elle pas ?
-C'est que je ne me rends pas compte. Si j'étais peintre ou musicien, je crois que je réagirais avec la même violence. Mais ce n'est pas cela uniquement, ce qui me désole c'est la pauvreté des moyens littéraires, leur répétition à l'infini. Vous me direz que dans les arts, il n'y a pas de progrès, eh bien je le regrette. Quand tu compares un même thème traité par un auteur ancien et par un auteur moderne, tu te rends compte qu'il n'y a pour ainsi dire pas de différence, du moins pour la partie rhétorique. Ce que nous pouvons dire tout au plus c'est que nous sommes de nos jours, plus pervers, mieux informés et que nous avons un répertoire beaucoup plus ample; mais les béquilles sont toujours les mêmes, les femmes pâlissent et rougissent (ce qui n'arrive à peu près jamais dans la réalité; moi, parfois, je deviens un peu verte et toi, rouge vif) et les hommes agissent, pensent et répondent selon une espèce de code universel qui peut aussi bien s'appliquer à un roman hindou qu'à un best-seller nord-américain. 
Julio Cortázar. Les gagnants. 


lundi 25 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 8 : à Amsterdam

Ce n'était pas rien d'aller en ville pour la première fois. Car je le savais : désormais, il n'y aurait plus qu'elle. Elle seule pour me consoler, en cas de besoin, de l'absence de toutes les autres. Une quintessence de ville, en somme.  
Après avoir appris par coeur les ruelles de Tokyo, celles de Lisbonne, pris mes petits déjeuners à New York ou à Bruxelles, j'espérais trouver du charme à Palma et aux cinquante kilomètres qui m'en séparaient. 
Mais il faisait très chaud, ce jour-là et les rues me parurent trop piétonnes, trop bruyantes, trop commerçantes à moi qui étais déjà devenue familière des heures tranquilles de la mer
Ce n'est qu'en pénétrant dans les salles désertes et fraîches de la Fondation Juan March que j'avais retrouvé une raison d'avoir quitté ma chambre.  

"A un moment, les conditions météorologiques commencèrent à empirer. Le vent redoubla. Il commença à pleuvoir avec force et, aussitôt, se leva une espèce de tempête maritime. Nous voulions nous éloigner de la pluie fouettée par le vent mais, pour cela, nous devions continuer à marcher dans ces conditions, au moins pendant un moment. Nous mîmes le cap sur la relative tranquillité du Musée Van Gogh, où les tableaux tournoyaient dans une mer jaune. Mais, en fait, nous ne voyions aucun tableau. Le temps avait empiré jusqu'à l'extrême alors tous ceux qui étaient à Amsterdam n'avaient qu'un seul objectif en tête : échapper à la pluie, échapper à la pluie au Musée Van Gogh. Tout le monde était mouillé et dégageait de la vapeur et il paraissait possible qu'à n'importe quel moment, une débandade trempée se produisit. De temps en temps, un éclat de soleil sur le blé mouvant en Arles ou une nuit illuminée par les bougies à Rome -des étoiles, des étoiles- prenaient vie dans le fond. Des arbres chargés de fleurs apparaissaient, des visages de couleurs pigmentées brillaient mais, surtout, les dos mouillés des visiteurs abondaient. Le jaune assoiffé de Arles soulignait le fait qu'ici, à Amsterdam, nous avions un genre de jour automnal qu'il était impossible de distinguer des ultimes sursauts de l'hiver. Chaque fois davantage de visiteurs se massaient dans le musée. Les tableaux étaient comme les derniers canots de sauvetage du Titanic et seule une poignée de chanceux réussissaient à apercevoir un brin de tournesol stupéfiant ou la chaise vide de Gauguin (qui, pour ce que j'en savais, n'était même pas là). Les autres devaient s'aventurer vers les dessins ou n'importe quel autre exemple d'art qui se trouverait sur leur chemin. Les champignons, par chance, n'étaient pas si forts qu'ils auraient dû l'être et nous ne tardâmes pas à ressortir sous la pluie. Aussi incroyable que cela ait pu paraître, le temps avait encore empiré pendant que nous étions au musée. Le temps, pour résumer une longue histoire météorologique, était passé de mal en pis à encore pire."

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-capullo : petit con
-poner rumbo a : mettre le cap sur
-no aguantaba más : je ne supportais plus
-me doy cuenta : je me rends compte
-achispado : pompette

dimanche 24 août 2014

And relax !


alors que, le plus souvent, notre vie ressemble à un jeu de mikado. 

samedi 23 août 2014

Une enquête sentimentale

Mangez-vous la peau du lait ?
Etes-vous déjà entré dans un hôpital psychiatrique ? 
Aimez-vous les films muets ?
Quel souvenir gardez-vous de vos maladies infantiles ?
Quelle est votre méthode la plus efficace pour retrouver votre calme après l'avoir perdu ?
Votre visage est-il rapidement marqué par la fatigue ?
Savez-vous le temps qu'il fera demain ?
Sur une carte du monde vierge, combien de pays pourriez-vous situer :
-moins de 30%
-environ 50%
-plus de 80%
?
Connaissez-vous le nom du metteur en scène de tous les films que vous voyez ?
Le soir, qu'entendez-vous si vous ouvrez votre fenêtre ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 22 août 2014

Le cabinet des rêves 189

Nous sommes nombreux dans une pièce.
Je suis assise sur un canapé et S. est derrière moi, sur le dossier.
Elle pose sa tête contre le haut de mon dos et me demande : Est-ce que tu me "haïs" (elle prononce a-i) ?
Je pense : Est-ce bien le verbe haïr qu'elle a utilisé ? Bien sûr que non, ni elle ni personne !
Mais je la fais répéter : Quoi ???
Cette fois, elle dit : Est-ce que tu me trahis ?

Rêve du 15 août 2014

jeudi 21 août 2014

Chroniques casanières

à chacun des
décès
les fourmis
en colonie

mercredi 20 août 2014

Là, c'est le jour où j'étais 
à New York, 

Lexington avenue, plus exactement. Là où Brandon Moy rencontre totalement par hasard son grand ami d'adolescence, Albert Fergus, vingt ans après qu'ils se sont perdus de vue. Sur le trottoir, devant le restaurant Continental, où Albert retrace à grands traits sa vie : voyage au Mexique, drogues diverses, femmes fabuleuses, vie dans une grotte puis dans une communauté de moines bouddhistes, combats de boxe, dettes, écriture d'un récit de science fiction, emploi de scénariste à Los Angeles puis de découvreur de jeunes talents et toi ?
Que dire ? Son appartement confortable tout près d'ici ? Son travail d'avocat immobilier dans l'une des tours jumelles ? Son mariage devenu un peu terne avec Adriana qu'il connaît depuis la fac ? Son adorable  fils dont la naissance lui a toutefois fait renoncer à une grande part de sa liberté ?
C'est au moment où Brandon élude la question de son ami que, quittant des yeux mon livre et relevant la tête, je me suis aussitôt retrouvée sur la place du marché, où les gens qui passaient étaient nombreux à porter les mêmes chaussures que les miennes ainsi que des ensaimadas qu'ils allaient partager en famille. 

La vida de los demás nos parece cada vez más formidable. Miramos a nuestro alrededor y encontramos siempre personas que viven en casas como las que nosotros querríamos poseer si tuviéramos dinero para comprarlas, amigos que frecuentan los círculos sociales en los que desearíamos alternar, a compañeros de trabajo que siguen amando a sus esposas con el apasionamiento brioso que nosotros ya ni siquiera somos capaces de recordar, y vecinos de edificio que viajan cada trimestre a un lugar remoto y paradisiaco del planeta para conocer sus templos o sus playas. Si tienen una edad parecida a la nuestra, esos mismos individuos nos mira a su vez con una enviad parecida y creen que somos felices porque disponemos de tiempo para leer los libros que a ellos se les van amontonando en la biblioteca, porque desempeñamos un trabajo sosegado o porque las mujeres caen rendidas a nuestros pies sin demasiado esfuerzo. A veces, incluso, las causas de la envidia son idénticas : deseamos de la vida de alguien lo mismo que él desea de la nuestra. A los cuarenta años, en suma, la felicidad se convierte en un asunto que concierne solamente a los demás. 
Luisgé Martín. La misma ciudad

mardi 19 août 2014

Tuesday self portrait

Cette édition-là était signée Marcel Boulestin et Mme Je-ne-sais-plus-qui. Tout était fait pour lui donner l'aspect d'un livre ancien. Couverture, caractères, mise en page particulièrement soignée, il avait l'air d'avoir été édité au début du dix-neuvième siècle. En ce qui concerne les ingrédients : "Hachez finement et mélangez une demi-douzaine de cornichons, quelques câpres, quelques échalotes, une cervelle de mouton ou de veau et deux jaunes d'oeuf."
L'aspect de ce livre, son simple contact me rassurent. Je sens la paix descendre en moi quand je lis : "Les côtelettes devront d'abord mariner pendant vingt-quatre heures dans un plat creux…" Le dix-neuvième siècle n'a rien de sclérosé, pour moi, c'est un vaste manguier, des buissons d'orchidées, du soleil, le paradis, l'enfer -dont on peut se sauver soi-même-, des nuits qui tombent brusquement, d'énormes étoiles. 
Jean Rhys. Rive gauche

lundi 18 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 7 : à South Beach

1,0 / 5
Décevant
"2 nights to forget" 
Well, from the moment I walked to the front desk I thought it was going to be awful. I usually expect a smiling person on the other side of the desk making eyes contact but it wasn't the case. Overall the hotel stuff wasn't that friendly and the room was absolutely rubbish.. dusty, dirty and smelly! Never again, rather spend more next time.
3,0 / 5
Bien
"Not bad!!! Good location. Would go back../" 
I just needed a clean comfortable room for 2 days down in South Beach and that's what I got. The TV reception was could've been better, but who's in South Beach to watch TV in their hotel room? The staff was polite and didn't bug me to check out right at 11am. I was left alone and walked out about 30 hr after check out without a peep. 

1,0 / 5
Décevant
"hotel was poor bad service" 
The hotel has poor clean service, the bathroom tub with a moled and very dirty had to call for cleaning supplies, door in room had a pad lock with tape around the door, the room also had power cords going in and outside the room... that worse Hotel in history... don't book or stay here sleep on beach 1st

3,0 / 5
Bien
"Close to South Beach and Deco" 
ConforQuaint, walking distance to South Beach, lots of shops and restaurants. Relatively inexpensive.

3,0 / 5
Bien
"Needs a profesional carpet cleaner!"
It's ok for someone who want's a hotel only to have a shower, get dressed and sleep. But please, CLEAN THE STICKY, DIRTY AND STINKY CARPETS!!!


1,0 / 5
Décevant
"never again"
Our stay was not a very good experience. After 5 days, we had to ask to have our linens change. We also had to request wash cloths, hand towels, and plastic cups. We will never stay there again, or will we refer our friends to this sorry place.

1,0 / 5
Décevant
"Don't recomend." 
Hotel lloks nice when you enter front desk, everything changes upstairs.Fridge was not working, Internet - very poor signal, breakfast - bagel, old croisants, jelly,creamy cheese, apple, juice and coffee, everything on plastic plates and cups. Don't pick that hotel if your criterion is breakfast, eat sth in loacl place. Great location though.

2,0 / 5
Correct
"pictures on website are an illusion" 
This is a place to stay on a budget. If you're okay with a dingy place. The up keep of the hotel is sub par. The room was greatly disapointing. The bathroom was gross,I wore flip flops in the shower. Would not return. Only good thing about the hotel was the location .


Je pense souvent à leur premier jour, eux dont je vois les serviettes sécher à la fin de la journée, sur leur balcon. Le caddie lourd de bagages à l'aéroport, le bus ou la voiture de location, la fatigue sans doute, l'excitation. Réservée longtemps à l'avance, leur semaine avec vue et buffet à volonté est ce qui leur a fait supporter la pluie, le métro, les examens, la vie en somme. N'éprouvent-ils pas une légère déconvenue lorsqu'ils s'aperçoivent que la route  jusqu'à la plage n'est pas si longue mais qu'ils sont tout de même nombreux ceux qui l'empruntent en voiture et qui, donc, passent sous leur fenêtre, juste de l'autre côté de la maigre haie qui entoure la toute petite piscine ? Que le buffet n'est accessible qu'après une heure d'attente dans une ambiance assourdissante et que les plats sont identiques tous les jours ? Que la plage est bondée et les transats payants ?
Repensent-ils aux clichés qui les ont fait se décider pour ces vacances ou préfèrent-ils les oublier ?

Quant à moi, je ne vais pas à la plage et je fais des photos mensongères, également. 
"Nous sommes arrivés en avion à Miami depuis l'ennuyeux Nassau et nous avons pris un bus à South Beach. C'était dimanche, les trottoirs étaient bourrés de visiteurs mais il ne nous a pas été difficile de trouver un hôtel parce que les touristes venus le weekend avaient déjà quitté leurs chambres. Nous avons logé au Beachcomber, un bon établissement sur l'avenue Collins, au coeur du quartier Art Déco. C'est un commentaire assez banal, je sais. En fin de compte, art déco signifiait joli ou, plus exactement, pas aussi joli qu'il y paraissait. notre chambre au Beachcomber, par exemple, n'était pas aussi jolie que la façade de l'hôtel, mais elle était tout de même assez jolie. Une lampe art déco baignait les draps art déco dans un scintillement ambre art déco. Quand on a ouvert les rideaux, l'enchantement art déco a été rompu. La fenêtre était cassée, crasseuse, et une flaque de soleil poussiéreux a révélé une tache d'humidité qui s'étendait sur la moquette depuis le mur de la salle de bain jusqu'au centre de la chambre.  Immédiatement, une souris a couru à travers le tapis marécageux et s'est glissée, avec difficulté, sous le socle de la baignoire moisi et étroit. 
Dazed est montée sur une chaise et, sans la moindre émotion, a crié : 
-Aaaaah ! Une souris ! 
-Je m'en occupe, j'ai dit. 
-ça signifie que tu vas tenter d'obtenir un rabais sur le prix de la chambre ?
-Exactement. 
Je suis allé parler au type de la réception et je lui ai demandé de nous changer de chambre parce que, dans la nôtre, celle que nous occupions en ce moment, il y avait une souris et nous préférions une chambre sans souris ou, au cas où il n'y en aurait plus aucune de disponible… 
-Bienvenue dans les tropiques, a-t-il dit. 
Il n'a pas haussé les épaules. Ce n'était pas nécessaire. Sa voix a haussé les épaules pour lui. 
Or, nous venions d'arriver des tropiques où nous n'avions pas vu une seule souris, c'est pourquoi je lui dis : 
-Ce ne sont pas les tropiques. 
Bien que l'animal ne me dérangeait pas, j'ai poursuivi, il rendait ma fiancée "hystérique". 
-Hystérique ?
-Oui, hystérique. Hystériqu-euuuuuh ! 
-OK, dit-il, et il m'a remis la clé d'une chambre au premier étage. Jettez un coup d'oeil à celle-là. 
Elle était bien, je lui ai dit quand je suis redescendu, mais elle n'était pas préparée. Il m'a alors proposé de changer pour une chambre plus grande, la numéro quinze si je me souviens bien. Elle n'était pas mal non plus mais quelqu'un y avait fumé, lui ai-je expliqué, et ça sentait le tabac. 
-Essayez la treize, m'a-t-il proposé en me donnant une autre clé. 
J'ai commencé à me demander s'il y avait la moindre chambre occupée. Il s'est avéré que la treize l'était : par une Française, je crois, assise sur la lunette des toilettes. Cela a déconcerté le réceptionniste. Selon l'ordinateur, la treize était vide mais il m'a proposé d'essayer la six. La six était vide, ne contenait pas de souris, ne sentait rien, le lit était fait et, effectivement, elle était plus jolie que la nôtre. Une meilleure chambre équivalait à un rabais. Bien, j'ai dit. Pendant ce temps, le réceptionniste avait envoyé quelqu'un à la treize et il n'y avait trouvé personne. 
-Vous vous serez trompé de chambre, a-t-il dit. 
-Et alors, comment j'ai ouvert la porte ? ai-je répliqué.  
-Quelques clés ouvrent plus d'une porte. 
-Ah."
Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-yo me encargo : je m'en occupe
-un pelín más caro : un poil plus cher
-no paran de disparar a gente : on ne cesse de tirer sur les gens
-había cagadas de ratón : il y avait des crottes de souris
-un batido : un milk-shake

dimanche 17 août 2014

Metaphysical (It's a good day)


Quand bien même parleraient-ils notre langue, ceux que nous dépassons à vélo sur la route de Barcares, ils ne nous comprendraient pas davantage en nous entendant discuter de notre destination et conclure que le mieux c'est encore d'aller à l'Omelette.
Ma vie insulaire était encore débutante ce jour où nous baptisâmes ainsi ce ponton après que tu y eus remis ta journée à l'endroit, que tu m'eus appris qu'il existait une expression, en espagnol, pour, justement, dire cela.
Alors l'autre jour, penchée sur mon livre, forcément, j'ai souri.

"Por esta cosa que tú tienes -esto es literal- de saber : dar la vuelta a la tortilla, sacar el bien del mal."
Álvaro Pombo. La transformación de Johanna Sansíleri.

samedi 16 août 2014

Une enquête sentimentale

Consacrez-vous 
un peu
beaucoup
pas du tout
de votre temps à l'amélioration de votre cadre de vie ?
Avez-vous le sens du sacrifice ?
Aimez-vous être allongé dans un hamac ?
Avez-vous déjà vu des lucioles ?
Vous arrive-t-il de faire des voeux ?
Si oui, se sont-ils déjà réalisés ?
Avez-vous déjà eu votre nom en haut d'une affiche ?
Quel est le plus grand nombre d'heures que vous ayez passées
 sans manger ?
Fréquentez-vous 
souvent
rarement 
jamais 
les boîtes de nuit ?
Possédez-vous des traces de votre passé sur des supports auxquels les progrès techniques vous empêchent désormais d'accéder ?
Aimez-vous prendre le métro ?
                   
ICI, des voix sentimentales

vendredi 15 août 2014

Le cabinet des rêves 188

Toute la nuit dernière j'ai rêvé à Katherine Mansfield et je me demande ce que sont les rêves. Ils suscitent tellement plus d'émotion que ne le fait la pensée; il semblait que Katherine fût revenue en personne : je l'avais devant moi, elle faisait naître en moi des sentiments fervents; elle avait cessé d'être cette reconstitution voulue, d'après mémoire, qu'elle est désormais lorsque je pense à elle. Mais, comme toujours après un rêve nocturne, une certaine émotion persiste dans la journée qui suit; et cela bien que j'aie oublié ce qui se passait dans ce rêve, sauf que Katherine était allongée sur un divan, dans une pièce, à un étage très élevé, et qu'elle était entourée d'une foule de femmes au visage triste. Mais d'une certaine façon j'avais le sentiment de sa présence, d'une présence de nouveau vivante, bien plus que cela ne m'arrive de jour.

Virginia Woolf. Journal. 7 juillet 1928
M. a fait du tri dans ses papiers mais, soudain, il s'aperçoit qu'il lui manque un ticket de caisse important. 
Il va fouiller dans la poubelle mais il pense que c'est plutôt en haut (?) qu'il l'a jeté. 

Rêve du 7 août 2014

jeudi 14 août 2014

Chroniques casanières

le chat
sur la pile de matelas
éternua
princesse au petit pois

mercredi 13 août 2014

Là, c'est le jour où j'ai pensé à Jean-Paul Kauffmann* en examinant l'étagère "novel en francès"

et où, malgré tout, je me suis dit que si mes ravisseurs s'approvisionnaient là, il ne faudrait pas que ma détention soit trop longue. 
*« La lecture plus que la littérature m’a sauvé. Les mots me suffisaient, ils instauraient une présence. Ils étaient mes complices. Du dehors, ils venaient à mon secours (…) Enfin, je pouvais compter sur un soutien de l’extérieur. Le sens était secondaire. »

mardi 12 août 2014

Tuesday self portrait


-Attendez, dit le docteur." Ainsi Cofer avait raison, pensait-il, vous n'êtes pas mariés. Mais pourquoi fallait-il que vous me le disiez ? Il ne dit pas cela, naturellement, il dit : "Vous n'avez pas… vous n'êtes pas… Qu'est-ce que vous êtes ?
-Ce que je suis ?, dit-il, j'essaie d'être peintre. C'est ça que vous voulez dire ?
-Peintre ? Mais on ne construit plus par ici. La mode en est passée. On ne lotit plus. C'était bon il y a neuf ans. Autrement dit, vous êtres venu ici sans avoir de travail, sans contrat d'aucune sorte ?
-Je peins des tableaux, dit l'autre. Du moins, je me le figure. 
William Faulkner. Les palmiers sauvages. 

lundi 11 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 6 : à Rome

Au téléphone, l'enfant a raconté les parties de pêche et s'est amusé du village désert : Les gens ne se connaissent pas mais ils se disent bonjour quand même tellement il n'y a personne ! 
J'ai pensé à avant, à Paris au mois d'août : les stationnements gratuits, les soirées longues à fendre l'air chaud, les nappes de pollution qui rendent l'ascension de Montmartre inutile, les sorbets en bord de Seine. 
C'est à croire que tous ceux qui sont partis d'ailleurs se trouvent ici, maintenant. 
Sur la terrasse du studio, les couchers de soleil font office de papier peint. Arrivent jusqu'à moi l'excitation chlorée et enfantine des locations voisines ou, canine, celle des gardiens permanents, le bourdonnement des scooters des mers, les bribes de musique par les fenêtres ouvertes des voitures pressées… 
Il m'arrive de faire de la figuration sur un rocher. 
Mais, la plupart du temps, je monte un livre, je monte un thé, une petite assiette de fruits, un éventail. 
Je quitterai mes lieux solitaires et perchés quand l'île sera, à nouveau, déserte mais, en attendant, je voyage immobile.  

"Et puis, progressivement, à mesure que juillet cédait le pas à août, la ville commença à se vider. Des locaux commencèrent à fermer; où avant étaient exposées les marchandises, il restait seulement un volet métallique avec des graffitis et un papier expliquant que la boutique était fermée pour les vacances. Chaque jour, une autre boutique, un autre restaurant, un autre stand de marché fermait. Chaque jour d'autres amis partaient en vacances. J'ai passé des soirées entières à dire au-revoir, restant prendre un café au Calisto avant qu'ils quittent la ville, faisant bonne figure alors que je n'avais aucun voyage prévu ("Quelqu'un doit rester au poste de commandement", disais-je). Toutes mes connaissances partirent excepté Nick. Chaque jour il faisait plus chaud et la ville se retrouvait plus vide, plus silencieuse. Les rues succombèrent à une espèce d'éclipse : en pleine lumière du jour, elles avaient le même aspect que de nuit, avec tous les volets fermés. La "stupeur de la mi-journée" commença à durer tout le jour, toute la semaine. C'était août, "le mois des pendules arrêtées" et moi aussi, j'étais arrêté, bloqué.
(…)
La chaleur était africaine, calme, morte. Comme le sol déshydraté après des années de sécheresse, toute la vie du ciel s'était desséchée. Il n'y avait pas de nuages, et il était probable qu'aucun ne parviendrait à s'approcher à moins de cent kilomètres. Le soleil ne se calmait pas. Je me languissais de ces moments -deux ou trois par jour- où une légère brise se glissait dans l'appartement et m'offrait un répit. Pour le reste, la seule manière de bouger était sortir à moto, traverser la ville assommée par le soleil avec l'espoir de rencontrer Monica. Je suis monté au Janiculo contempler la cité à mes pieds, ses toits cuits par le soleil, la sécheresse comme à Jérusalem. Il régnait le silence, là-haut. Les grillons avaient fait leurs valises et étaient partis en vacances. Les jours passaient sans qu'il y paraisse. Je le dis d'autant plus que, finalement, Ferragosto arriva, le quinze août, et le peu qui était resté ouvert ferma. Ce fut le contraire d'un tremblement de terre. Rien ne bougeait et il n'y avait rien à faire. Absolument rien. Tout s'arrêta. Y compris le temps. Il n'y avait pas de circulation et il n'y avait pas de magasins et il n'y avait personne et il n'y avait pas de temps. Nous étions seuls, moi et le soleil colossal qui ne semblait disposé à aller nulle part. Je ne pouvais rien acheter et ça me faisait sentir des envies terribles : d'amis, de cerises, de pizzas, de toutes les choses dont je n'avais pas su faire provision avant le soleil et l'immobilité. Tous étaient partis. Y compris Nick. Monica n'apparaissait nulle part. Personne n'apparaissait nulle part. Sauf moi. Il y avait eu quelqu'un pour me voir mais, à présent, j'étais le seul pour voir." 

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.


Vocabulaire noté : 
-quedarse boquiabierto : rester bouche bée
-entre comillas : entre guillemets
-el papel : le rôle
-la ociosidad : l'oisiveté
-un terremoto : un tremblement de terre

dimanche 10 août 2014

Human

Joyeux Noël !!!
Il y avait dans ta voix le genre de gourmandise que la vision d'une boîte de truffes suscite chez d'autres.
Tu posas les livres les uns après les autres à côté de nos parts de pastèque après les avoir tous feuilletés. 
-ce n'est qu'ensuite que je les empilai auprès de ceux de l'hiver dernier- 
Cette commande en plein coeur de l'été pouvait paraître aussi peu urgente qu'une livraison de bois de chauffage. 
Pourtant : nous faire livrer ces provisions pour l'esprit en prévision des jours moins longs, c'est tenter de te garder vivant au plus fort de cette inhumaine saison

samedi 9 août 2014

Une enquête sentimentale

Vous arrive-t-il de rencontrer des personnes qui vous rappellent des personnages de roman ?
Dans votre vie quotidienne, quel est le bruit qui vous importune le plus ?
Prenez-vous soin de votre santé ?
Y a-t-il une personnalité que vous admirez avec qui vous aimeriez passer une soirée ?
Prenez-vous 
souvent
rarement
jamais 
votre petit déjeuner en-dehors de chez vous ?
Où étiez-vous la dernière fois que vous avez regardé un coucher de soleil ?
Avez-vous déjà réussi à échapper à une contravention qu'on s'apprêtait à vous adresser ? 
Que voyez-vous par la fenêtre de votre salon ?
Existe-t-il un enregistrement de votre voix d'enfant ?
Y a-t-il une période dont l'histoire vous intéresse particulièrement ?
ICI, des voix sentimentales 

vendredi 8 août 2014

Le cabinet des rêves 187

Mon entrée interrompit de la Mare, qui faisait le long récit d'un rêve dans lequel il avait vu Napoléon avec des yeux de rubis, etc. Voilà Yeats lancé, avec véhémence, même, s'enflammant et pataugeant un peu, sur le chapitre des rêves; ceux qui sont en couleurs sont rares et veulent dire… je ne me souviens plus quoi. De la Mare raconta un autre rêve, très mystérieux, concernant un livre plein de cercles; le cercle extérieur noir, le cercle intérieur bleu et ainsi de suite. Yeats l'identifia aussitôt comme un rêve que fait l'âme quand elle est en proie à un état particulier; je ne sais plus lequel. Il dit que Tagore lui avait raconté que, jeune homme, il avait une fois eu un rêve qui, s'il parvenait à le retrouver, ne le quitterait plus. Ils passèrent ainsi aux états de rêve et aux états de l'âme, comme d'autres parlent de Beaverbrook et du libre-échange; enfin de sujets banals. 
Virginia Woolf. Journal. Samedi 8 novembre 1930
Je suis dans une salle de classe dont le fond n'est pas éclairé. 
Je fais faire de la grammaire à des collégiens qui me sont indifférents -mais moi aussi, j'y suis indifférente- ou hostiles. 
Un de mes collègues me dit que les syndicats sont mécontents de moi parce que je ne fais pas faire d'improvisations aux élèves et je pense : Ah mais oui ! C'est vrai ! J'avais complètement oublié que je pouvais faire ça ! 

Plus tard, à la fin du cours, je me heurte aux filles du fond -les réfractaires- et, en discutant, on s'aperçoit qu'elles n'ont aucune raison à cette mauvaise humeur ! 
Sur le tableau, il y a un petit mot fleuri de mon collègue -plus âgé- qui leur est destiné. 
Je leur dis -et on en rit- : Il n'y a que les vieux pour vous aimer !

Rêve du 13 juillet 2014

jeudi 7 août 2014

Chroniques casanières

au même emplacement 
que plus tôt le couchant
c'est là
qu'une étoile fila

mercredi 6 août 2014

Là, c'est le lendemain du jour où j'ai vu une femme marcher

et où je me suis demandé si elle se rendait vraiment compte que c'était elle qu'on sifflait, elle qu'on complimentait car, forcément, elle devait en recevoir, des marques d'admiration, peut-être même des remerciements car oui, il aurait fallu la remercier tellement c'était joli, ce qu'elle faisait, dans la rue, marcher tout simplement, ce spectacle ordinaire d'une femme qui marche sans hésiter, sans se retourner, une silhouette parfaite et menue et semblant danser comme une ballerine dans sa robe fleurie dont l'ourlet ondulait légèrement, frôlait ses jolis genoux à chacun de ses pas, c'était un beau cadeau qu'elle faisait à la rue, qu'elle nous faisait à nous, simplement en marchant, comme ça, guidée par sa canne blanche. 
Le lendemain, donc : une femme en fauteuil roulant. Et ses deux filles : de vraies sirènes. 

mardi 5 août 2014

Tuesday self portrait


Auparavant, j'arpentais la ville en quête d'une personne, homme ou femme, assez intéressante pour être suivie. Quand je l'avais trouvée, je la prenais discrètement en filature. Je n'avais pas de préférence. Je suivais la première personne intéressante que je croisais. Peu m'importait son sexe. Ou son âge. Ou sa race. Je ne la quittais plus d'une semelle, aussi longtemps que c'était possible. Je l'observais en imaginant quelle était sa vie. Peu m'importait de savoir si mes déductions étaient correctes ou non. Ce qui importait, c'était le sentiment, à la fin de la journée, d'avoir fait une nouvelle rencontre. Je suivais parfois mes proies un certain temps, des heures durant, parfois je devais me contenter de quelques minutes seulement. Aucune importance. Ce qui importait, c'était d'avoir, même un court instant, partagé un moment de la vie d'une personne intéressante. Pas forcément un moment intéressant. Cela m'était égal. D'une certaine façon, je trouvais mes déambulations à travers la ville un moyen de me consoler. Grâce à elles, je m'approchais d'autant de personnes intéressantes que j'en avais envie. Je n'aurais pas souhaité voir se terminer ces rencontres par une conversation, encore moins par un échange d'adresses.
Edward Carey. L'observatoire

lundi 4 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 5 : en Thaïlande

A la fin du voyage, pendant que l'air du pont peignait mes poumons en bleu, je repensais à ce que m'avait raconté le jeune -pas si jeune, cependant, que je croyais- aventurier. Il avait été prompt à la conversation, me faisant tourner la tête alors que, spontanément, pour respecter l'espace réduit mais vital de chacun, j'aurais fait semblant de ne pas avoir de voisin.
Si, pour ma part, je me préserve autant des rencontres de voyage, de passage, c'est que je ne sais jamais à l'avance si elles mériteront d'encombrer ma mémoire. Car, si j'oublie certains récits, certains faits de la biographie de gens qui me sont chers et dont, pourtant, je tiens au souvenir, je n'ai jamais trouvé la touche delete qui me permettrait d'alléger mon cerveau des vies  ni plus ni moins intéressantes que la mienne qu'on me livre fréquemment le temps d'un voyage, d'une soirée, d'un café.
Sur le pont, donc, tournée vers l'île et la perspective gourmande de l'authentique et riche et si chère conversation pour laquelle je faisais cette traversée, je faisais le compte du peu de ce que celui qui
m'avait si longuement entretenue des sensations que lui avaient laissé son séjour de trois semaines au Japon,  m'avait retracé son parcours professionnel varié, m'avait détaillé les raisons de son apprentissage de toutes sortes de massages après avoir travaillé dans le business, m'avait raconté comment sa dernière fiancée -une Française avec qui il était encore en contact car, même après avoir rompu, ils continuaient à bien s'entendre- était partie au Pérou initialement pour trois semaines mais s'y était installée et y enseignait à présent le français, m'avait expliqué qu'il avait aménagé sa voiture pour pouvoir y dormir pendant la semaine qu'il allait passer sur l'île mais qu'il avait eu peur de ne pas pouvoir partir car on lui avait cassé une vitre qu'il avait eu à peine le temps de réparer, m'avait cité tous les lieux qu'il comptait visiter, m'avait vanté la qualité des biscuits qu'il m'invitait à goûter
avait appris de moi.

Je rencontre si fréquemment des gens qui, sans rien savoir de moi, n'éprouvent pas l'envie de me retourner mes questions qu'ils trouvent, pourtant, suffisamment intéressantes pour y répondre longuement que les récits d'amitié ou d'amour naissant au cours d'un voyage à l'autre bout du monde m'apparaissent comme de la pure science fiction. 

"C'était comme l'une de ces rares occasions où tu joues aux cartes et que tu reçois une bonne main après une autre. Cela pouvait être une question de chance mais cela me paraissait être le contraire, quelque chose comme le destin. Tout s'emboîtait et rien ne nécessitait le moindre effort. Nous étions enchantés tous les deux par Le voyage, avec Sam Shepard et Julie Delpy, un film dédaigné par les quelques personnes qui l'avaient vu. Kate dit que son poète favori était John Ashbery.
-Le mien aussi ! dis-je, bien que cela ne soit pas exactement vrai (mais à ce moment-là, c'était vrai)-. "La vérité : cette chose que je pensais être en train de dire". J'adore ce vers.
-Il est dans quel poème ?
-Je ne me souviens pas, je mentis parce que je ne voulais pas que les références et les notes en bas de page emprisonnent la conversation.
Ce qui importait était que nous aimions les mêmes choses… ce qui, je l'espérais, était une façon détournée de dire que nous nous plaisions. Normalement, je me sentais grand et maigre comme une vieille branche mais là, assis avec mon tee-shirt ANTI-ULTRAVIOLENCE, parlant cinéma et poésie, je me sentais bronzé et svelte et plein du soja que j'avais mangé au déjeuner. Kate avait compris que j'étais "une espèce d'écrivain" et se demandait quel genre de choses j'écrivais.
-J'ai une idée pour un livre de développement personnel, dis-je. Yoga pour ceux qui ne prennent pas la peine d'en faire
-Mais tu ne prends pas la peine de l'écrire, pas vrai ?
-Tu m'as volé la blague. 
-Ça paraît être une bonne idée. Chapitre un : "Vide ton esprit". 
-Holà ! Je n'en suis pas encore arrivé là. 
-Où en es-tu arrivé ?
-Pas très loin. 
"Loin" ne paraissait pas un terme très adéquat. 
-Très près ?
-Eh bien, je suis près du début… mais encore plus près d'abandonner. 
-Et pourquoi ?
-Mon esprit est trop vide."
Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.


Vocabulaire noté : 
-no aguantaba el esfuerzo : je ne supportais pas l'effort
-he tenido sueños raros : j'ai fait des rêves bizarres
-el tamaño de un chuletón : la taille d'une côte de boeuf
-un francés delgaducho : un français maigrichon
-holgazanear : paresser

dimanche 3 août 2014

The painter

Elle sortit à ce moment-là avec un bloc de papier, une tasse en fer-blanc et une boîte de couleurs laquée, toute neuve. 
-Il nous restait encore un dollar cinquante après avoir acheté le whisky, dit-elle. Le cerf va peut-être revenir. 
-Prenez du sel pour lui mettre sur la queue, dit McCord. Ça le fera peut-être tenir tranquille et il pourra poser pour vous. 
-Je ne veux pas qu'il pose. C'est justement ce que je ne veux pas. Je ne veux pas copier un cerf. N'importe qui peut faire ça
William Faulkner. Les palmiers sauvages
Ta leçon a tenu en un seul geste. 
C'est à l'heure du café que j'ai aimé me plaindre : si l'envie de le remplir me venait souvent, mon carnet  restait pourtant bien vide car je ne savais pas quoi y dessiner.
Un seul geste, trois mots, en un instant je sus ce que j'avais à faire. 

samedi 2 août 2014

Une enquête sentimentale

Où alliez-vous la dernière fois que vous avez rempli un sac de voyage ou une valise ?
Avez-vous des cheveux blancs ?
Y a-t-il un lieu auquel vous êtes particulièrement attaché ?
Avez-vous un plus grand besoin de compagnie ou de solitude ?
Vous êtes-vous déjà fait cambrioler ?
A-t-on oublié de venir vous chercher à l'école quand vous étiez enfant ?
Qu'y a-t-il sur les murs de votre salon ?
Si vous ne l'êtes pas, pourriez-vous être sage-femme ?
Quand vous êtes-vous baigné dans la mer la dernière fois ?
Y a-t-il quelque chose qui vous manque ?

ICI, des voix sentimentales 

vendredi 1 août 2014

Le cabinet des rêves 186

X. est mon collègue et je le vois près des casiers de vestiaire. 
Il est maquillé et je lui dis que ça lui va bien. 
Il répond qu'il le sait ! 

Rêve du 1er juillet 2014